LES ONDES MARTENOT
![]() |
Il est connu pour ses évocations mystérieuses dans les vieux films de science-fiction et la musique électronique expérimentale, mais peu d'entre nous connaissent l'importance du Martenot dans le paysage musical de notre siècle. Son son le plus typique - une fréquence haute, plaintive et « hantée » - est fortement reconnaissable, mais il demeure néanmoins pratiquement un instrument anonyme. Si des musiciens comme Radiohead l'ont ravivé récemment le temps de quelques tubes.
Dans LE FANTÔME DE L'OPÉRATRICE, ce merveilleux et étonnant appareil techno rétro est joué par la virtuose Suzanne Binet-Audet. Qui plus est, Suzanne a appris avec l'inventeur lui-même à Paris à la fin des années 70, se servant même de l'instrument qu'il a construit de ses mains il y a une trentaine d'années.
DOSSIER spécial du Studio XX sur les ONDES MARTENOT
Sur les ondes de Suzanne Binet-Audet
par Vincent Bonin
Ondes : circuits alternatifs et continus d’une femme branchée
par Suzanne Binet-Audet
DEUX HISTOIRES BRÈVES DES ONDES MARTENOT
Informations tirées du site de l'ondiste Thomas Bloch.
![]() |
Maurice Martenot (1898 - 1980) découvrit le principe des ondes Martenot (ou onde Martenot, ondes musicales Martenot, parfois de manière erronée : onde Martinot ou ondes Martinot; « Martenot waves » en anglais) lorsque, militaire dans les transmissions radio pendant la première guerre mondiale, il s'aperçut de « la pureté des vibrations produites par les lampes dont on fait varier l'intensité à partir d'un condensateur ». Le Martenot est l'un des premiers instruments électriques au monde et le seul de cette période à avoir suscité un vaste répertoire et à être pratiqué aujourd'hui encore.
Également violoncelliste et inventeur, avec sa soeur, d'une méthode d'enseignement, intéressé avant tout par le potentiel expressif et musical qu'offre l'électricité et non par ses possibilités de pure recherche sonore, Maurice Martenot se mit au travail dès 1919. Mais ce n'est qu'en mai 1928 qu'il présente ses « ondes musicales » au public, à l'Opéra de Paris. Il s'ensuivit un triomphe et une tournée mondiale. Sept modèles successifs conçus par Martenot, apportant chacun leur lot d'innovations, virent le jour. Les bases du dernier, transistorisé, toujours pratiqué et enseigné aujourd'hui dans une dizaine de conservatoires (France, Canada) furent fondées en 1975. La production des ondes s'arrête définitivement en 1988, au départ en retraite de Marcel Manière, l'assistant de Maurice Martenot. Peu après, Jean Louis Martenot, l'un de ses fils, entreprend la réalisation d'un instrument numérisé. 2001 voit finalement la renaissance d'un instrument de concert amélioré, réalisé en concertation avec les ondistes, mis au point par Ambro Oliva et la société SEAM.
L'invention des ondes musicales Martenot
Jean Laurendeau 1 Novembre 1998
![]() |
Le jour où, pendant la guerre de 1914-1918, les postes de radio à lampes triodes arrivèrent dans les tranchées avec les sons très purs qu'ils émettaient, Maurice Martenot, fort peu présent à l'esprit de la guerre, rêva plutôt d'en faire un instrument de musique pouvant exprimer la sensibilité humaine. En effet, bien qu'il fut à l'époque radiotélégraphiste pour les besoins de l'armée, il était d'abord et surtout un musicien ayant, selon ses propres termes, le « virus de l'invention ». La guerre finie, il se mit au travail.
En 1928, il donna un premier concert à l'Opéra de Paris avec ses « ondes musicales ». Ce fut immédiatement un triomphe et le début d'une belle carrière pour le nouvel instrument. Plus soucieux d'améliorer son invention que de la faire connaître, Maurice Martenot n'a jamais empêché, néanmoins, les compositeurs d'écrire pour elle, ni les instrumentistes d'en jouer. C'est ainsi que, de Darius Milhaud à Jacques Brel, en passant par Maurice Ravel et Rabindranath Tagore, sans oublier, surtout, André Jolivet et Olivier Messiaen, les plus grandes personnalités musicales de notre temps se sont accordées pour reconnaître au Martenot un pouvoir d'expression tout à fait exceptionnel qui en fait d'ailleurs l'invention du siècle dans le domaine des instruments de musique. Il constitue, pour celui qui en joue, un véritable prolongement tactile et sonore de son système nerveux.
À QUOI RESSEMBLE LE MARTENOT ?
En rodage presque ininterrompu depuis plus de 70 ans, le Martenot comprend : un clavier monodique avec vibrato contrôlé de façon aussi nuancée que celui d'un violon; un jeu à bague donnant aux effets de glissandi une âme véritable et une touche d'intensité autorisant les nuances les plus subtiles ou les plus contrastées, toutes les articulations et tous les modes d'attaque souhaitables. Il offre par ailleurs un jeu de timbres possédant une grande richesse de coloris. Le timbre électronique « pur », émanant d'une membrane de diffuseur, constitue le son de base de l'instrument, celui utilisé le plus souvent. Trois autres timbres fondamentaux résultent de la mise en résonance par l'électricité d'éléments vibratoires non électroniques au départ : ce sont les cordes tendues, le gong et les ressorts, tous trois mis en vibration par des moteurs de diffuseurs. Il y a donc quatre diffuseurs en tout. Mais chacun d'eux peut être affecté par un dosage d'harmoniques - progressif ou subit - rendant possible une grande variété de timbres. C'est un instrument monodique, au même titre que la voix humaine ou la flûte. Sa tessiture de sept octaves lui permet de passer sans interruption du registre de la contrebasse à celui du piccolo. C'est un instrument de musique qui se joue en temps réel, exigeant par conséquent la présence continue d'un interprète - exactement comme pour le violoncelle, la clarinette, etc. On l'enseigne en France, aux conservatoires de Paris, Lyon, Saint-Maur et dans plusieurs autres villes. Plus près de nous, les conservatoires de Québec et Montréal en ont dispensé l'enseignement pendant 29 ans, de 1968 à 1997, année où des coupures budgétaires rendirent sa suspension inévitable, en tant qu'instrument enseigné comme discipline principale. Cet instrument est joué dans la plupart des pays d'Europe, en Amérique du Nord et au Japon.
À PROPOS DE MAURICE MARTENOT
Disons pour terminer que Maurice Martenot ne fut pas que l'inventeur de l'instrument qui porte son nom. Il fut aussi un pédagogue, pratiquant et perfectionnant toute sa vie la méthode mise au point par sa soeur aînée, et qui a pour objet l'initiation des jeunes enfants à la musique. Il enseigna aussi la relaxation, écrivit le livre Se relaxer, pourquoi, comment ? (publié en 1977 et réédité récemment au Courrier du livre). Cette dernière discipline - la relaxation - n'est d'ailleurs pas sans rapport avec l'invention des ondes musicales. Il en avait fait l'expérience pour la première fois dans les années 1920, pendant la gestation et le travail de recherche qui devait le conduire à la production du premier modèle des ondes musicales. Toute personne intéressée à en savoir plus pourra se référer au livre de Jean Laurendeau Maurice Martenot, luthier de l'électronique, qui comporte, en plus d'une passionnante biographie de Maurice Martenot, une liste impressionnante d'oeuvres ayant été composées pour ondes ou pour des ensembles impliquant cet instrument, ainsi qu'une discographie et une bibliographie.








