Laissez l’univers des documentaristes rempli de surprises.
Que le film se conçoive de manière organique,
de telle sorte que son auteur ne découvre sa forme
que lorsqu’il sera terminé…
Ces images que vous persévérez à chercher et à
rendre évocatrices vont durer, parce que l’histoire perdure.
Emile de Antonio
Il y a bientôt dix ans que j’ai entrepris ma quête ethnographique et archéologique entourant les visages multiples des « opératrices » — ces travailleuses au service des machines de communications du siècle dernier. En 1999, la fin de leur histoire s’est même déroulée sous mes yeux quand j’ai documenté en direct leur riposte à la vente de leurs services dans Dernier appel (52 min, ONF, 2001). Or, une fois revenue à mes recherches initiales dans les films d’archives, leurs images me sont apparues, plus que jamais, comme autant de fantômes, de simulacres souriants.
Amorcé pour découvrir l’histoire de femmes invisibles — paradoxalement bien présentes dans les voûtes cinématographiques du temps — LE FANTÔME DE L’OPÉRATRICE a tôt fait de me mener sur les traces d’une autre production de l’ombre extraordinaire, celle des films dits éphémères, ou de Série C, films de compagnies dont je suis devenue une fan attentive. Au cours de ma R&D expérimentale, j’ai donc repéré quelque 350 films, visionné 200 d’entre eux, catalogué et numérisé 150 titres, annotant plus de 1500 clips. Sept séjours en salle de montage plus tard — pour l’équivalent de près de 50 semaines de montage sur une période de quatre ans — LE FANTÔME DE L’OPÉRATRICE apparaît enfin.
Son récit étant ponctué de films publicitaires incroyables qui ne disent évidemment pas toujours « vrai », mais qui témoignent, distance historique aidant, d’évidences passées bien réelles, voire documentaires, le film s’est révélé tel une légende cinématographique. Il pourra aussi être vu comme un Atomic Café (É.U., Pierce et Kevin Rafferty, Jayne Loader, 1982) de l’ère des télécoms. LE FANTÔME DE L’OPÉRATRICE est un film de montage; ni de found footage de bouts de pellicules abandonnées, ni de stock footage acheté à des revendeurs de clichés historiques, mais composé de matériaux trouvés dans les bases de données nationales et numériques, et libérés à la pièce. C’est une œuvre de récupération réalisée en marge de l’économie actuelle de surproduction et de surconsommation d’images. Elle existe grâce à la générosité d’exceptionnels artisans du cinéma et de collaborateurs qui se sont aventurés avec moi dans cette création hors normes qui, je l’espère, saura faire résonner les cordes sensibles des spectateurs du 21e siècle.
Août 2004
« Pour moi, comme « ouvre », LE FANTÔME DE L'OPÉRATRICE est autant un film-produit qu'un projet-processus de recherche et développement archivistique et artistique. interminablement à l'ouvre . En fait, je dis souvent que mon film n'est pas « fini », mais qu'il se fini autant de fois qu'il est expérimenté, interprété, qu'il résonne avec des sensibilités, que ses hyperliens multiples sont explorés... Pour moi, son ouverture comme oeuvre persiste au-delà de sa finitude comme récit. »
Janvier 2006




